TAMERLAN

TAMERLAN

Bien que souvent comparé à Gengiskhan, Tamerlan diffère considérablement du fondateur de l’Empire mongol, car s’il a été comme celui-ci le plus grand conquérant de son temps, s’il a comme lui semé la terreur sur son passage, en revanche il n’a pas créé un État viable, ses nombreuses expéditions ont davantage eu le caractère de raids que d’entreprises conquérantes, et son gouvernement n’a rien apporté d’original aux peuples qu’il a soumis. Musulman pratiquant, il s’est montré d’une cruauté sans égale envers ses coreligionnaires adversaires, au nom de l’orthodoxie, la sienne. Son pouvoir a été fondé sur la force militaire, sur la terreur (le nombre de ses victimes se chiffre par dizaines, sinon par centaines de milliers), sur un système juridico-religieux alliant le yasak de Gengis-khan à la shari‘at musulmane, sur la prééminence des Turcs et non plus des Mongols. Tamerlan n’a su faire ni l’unité politique ni l’unité des hommes au sein de son Empire; quoique lui-même épris de savoir et de culture, il n’a pu se concilier les tenants des civilisations traditionnelles d’Asie centrale et d’Asie occidentale. Il a laissé un nom dans l’histoire, mais son œuvre, qu’il a dû reprendre sans cesse par manque d’esprit d’organisation, a disparu avec lui qui, pourtant, avait victorieusement conduit son armée turco-mongole de la Volga à Damas, de Smyrne au Gange et à la Haute-Asie.

Des débuts modestes

Timour (l’Homme de fer), surnommé plus tard Lenk (le Boiteux), d’où la déformation occidentale, Tamerlan, est né le 8 avril 1336 à Kesh, au sud de Samarkand, dans une famille d’origine turque que ses biographes officiels ont prétendu faire descendre de Gengis-khan: en fait, il n’a été associé aux Gengiskhanides que par son mariage en 1397 avec la fille du dernier khan de Djaghataï, Khizir Khodja.

La Transoxiane constituait alors une sorte de confédération turque dans laquelle Taragaï, père de Tamerlan, régnait à Kesh. En 1360, la Transoxiane est à nouveau intégrée au Djaghataï par Toughlouq Timour, auquel Tamerlan prête hommage; mais, s’estimant mal récompensé, Tamerlan quitte son pays, s’en va guerroyer en Perse, puis revient en Transoxiane où, associé à Mir Hosseïn, il triomphe du gouverneur djaghataïde et libère la province (1364-1365), dont il ne devient roi qu’en 1370, après de multiples péripéties qui l’ont tantôt rapproché, tantôt éloigné de Mir Hosseïn: celui-ci finit par être vaincu et assassiné. Tamerlan s’est gardé de prendre le titre de sultan (il ne l’a fait qu’en 1388) et a installé au-dessus de lui, mais sans pouvoir, un khan mongol gengiskhanide qui signait les actes officiels et assurait, par son existence, la fiction de la pérennité mongole: en réalité, Tamerlan a substitué une domination turque à une domination mongole.

Les premiers succès de Tamerlan sont dus au fait que les États environnant la Transoxiane, les khanats de Djaghataï, des Ilkhans, du Qiptchaq connaissent une désagrégation interne, marquée par des luttes entre prétendants au trône ou par la création de petits royaumes autonomes, sinon indépendants. Il est à noter que les expéditions menées par Tamerlan contre les États voisins se sont presque toujours terminées sans apporter de solution aux problèmes internes, sans instaurer même un nouveau gouvernement; ces expéditions ont en outre la caractéristique d’avoir été dispersées dans le temps et dans l’espace, apparemment sans esprit de suite ni de continuité: cela explique que les troupes timourides aient eu à intervenir à différentes reprises dans les mêmes territoires, et que les campagnes de Tamerlan ne puissent être classées de façon méthodique.

Les triomphes militaires

De 1370 à 1405, Tamerlan a conduit dans toutes les directions d’incessantes expéditions: vers l’est, de 1370 à 1380, elles ont abouti à la conquête du Khwarezm; d’autres, menées entre 1370 et 1392 vers le Turkestan oriental et la Haute-Asie, ont eu pour conséquence la destruction de la domination mongole dans ces régions au moment où la dynastie Ming l’anéantit également en Chine; une autre expédition a lieu en 1398 en Inde, au cours de laquelle la ville de Delhi est détruite et sa population massacrée. Vers l’ouest, plusieurs campagnes (1380-1382, 1382-1383, 1392-1396) se déroulent en Afghanistan et en Perse, marquées notamment par les terribles massacres d’Ispahan en 1387; plus au nord, la rivalité entre Tamerlan et le khan du Qiptchaq, Toqtamish, donne lieu à maints épisodes de conflit ou de rapprochement (1375, 1385-1386, 1388-1396), Tamerlan semblant avoir eu à l’égard de Toqtamish une attitude tolérante. Plus à l’ouest, l’Iraq, l’Azerbaïdjan, la Géorgie, l’Arménie, l’Anatolie orientale et la Syrie ne sont pas à l’abri des attaques de Tamerlan, qui livre au pillage et au saccage de ses troupes des villes comme Bagdad (1394 et 1401), Malatya, Alep et Damas (1400) où des dizaines de milliers d’habitants sont massacrés et dont les artisans des métiers de luxe ou de la décoration sont déportés à Samarkand, dont Tamerlan veut faire la plus belle ville du monde.

La dernière expédition a lieu en Asie Mineure, contre le sultan ottoman Bayézid Ier, qui est vaincu et fait prisonnier à la bataille d’Ankara (20 juill. 1402) et dont l’Empire est momentanément démembré en Anatolie (cf. Empire OTTOMAN). Alors qu’il se mettait en route pour combattre les Chinois, Tamerlan meurt à Otrar sur le Syr-Daria le 19 janvier 1405; il est peu après enterré dans un somptueux mausolée à Samarkand. Son petit-fils Pir Mohammed lui succède pendant une brève période, mais c’est un de ses fils, Sh h-Rokh (1406-1447), qui est son véritable successeur; celui-ci ne règne en fait que sur un empire divisé, morcelé et réduit.

De son vivant, Tamerlan a fait de Samarkand non seulement la capitale politique de son État, mais aussi un grand centre de commerce, et l’a embellie par la construction de nombreuses mosquées et d’autres édifices, parfois d’inspiration chinoise, mais où la céramique (iranienne surtout) a constitué un élément important du décor. À sa cour ou dans les autres régions ont vécu alors des savants et des lettrés dont il aimait à s’entourer, tels le poète persan H fiz, le poète arabe Sa‘d ed-din Taftazan 稜, le lexicographe F 稜r z b d 稜 et les historiens Sheref ed-din ‘Al 稜 Yezd 稜, Nizam ed-din Sh m 稜 et Ibn ‘ 連Arabsh h.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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